Nous sommes amis, Vincent et moi, depuis nos années de lycée à La Celle-Saint-Cloud, en banlieue parisienne. Nous sommes toujours restés proches et avons même vécu en colocation un temps, rue des Maraîchers, dans le 20e arrondissement. Après des études de chimie, Vincent travaillait dans un bureau d’études sur l’eau. Moi, je faisais partie du groupe de musique Gush, on a fait deux albums, des tournées, cela prenait beaucoup de place dans ma vie. Il y a une dizaine d’années, nous nous sommes tous les deux engagés dans des reconversions.
Vincent est parti cinq ans au Québec pour suivre une formation de lutherie et y a découvert en parallèle le milieu de la bière artisanale, qui était plus développé là-bas qu’en France à l’époque. Je suis venu lui rendre visite en 2015, nous avons effectué un road trip en Gaspésie, en nous arrêtant dans de nombreuses brasseries artisanales. J’ai découvert tout cet univers et réalisé que l’on pouvait fabriquer sa bière avec peu de moyens, dans des lieux pas immenses, que c’était quelque chose d’accessible.
Lorsque Vincent est revenu en France, nous avons commencé à réfléchir à l’idée de monter ensemble une microbrasserie en plein Paris, dans notre quartier de Belleville. On avait suivi des formations (Vincent au Québec, moi en France) et on s’est mis à tester des fermentations dans mon petit studio bellevillois, avec une casserole, une passoire et des dames-jeannes. Pendant un an, on a brassé une bière différente chaque semaine, avec les moyens du bord mais en suivant des procédés rigoureux.
Des rôles complémentaires
Quand on a décidé de monter notre entreprise, on a eu la chance inouïe de trouver un local dans le quartier Jourdain, à Belleville, notre « village ». C’est une vieille bâtisse familiale qui n’avait pas bougé depuis la fin du XIXe siècle. On a passé huit mois à faire les travaux tous les deux, à installer les arrivées d’eau et d’électricité, les tuyaux et les cuves, et on a sorti notre première bière en 2019. On l’a d’abord proposée au bar du coin, La Cagnotte, les clients ont tout de suite adhéré et le patron nous en a aussitôt commandé dix nouveaux fûts. Ça nous a beaucoup aidés pour notre lancement.
La bière est notre métier, mais la base, le ciment du projet, c’est notre histoire d’amitié. Nous avons des rôles complémentaires (Vincent sur le côté technique, moi plutôt sur la gestion), mais on peut aussi interchanger. Romain Lantenois, arrivé il y a trois ans dans l’équipe, est aussi d’abord un ami. C’est comme cela qu’on fonctionne, qu’on vit. Le pot-au-feu est un plat que nous apprécions particulièrement parce qu’il symbolise notre entente.
Nous aimions le cuisiner quand nous habitions en colocation, pour les copains qui passaient, car c’est un plat équilibré, simple et réconfortant. Et puis, nous adorons travailler les légumes, autant dans le pot-au-feu que dans nos bières. Nous avons testé beaucoup de mariages avec les légumes racines ou anciens, betterave, navet, céleri-rave. Comme les bières que nous brassons, le pot-au-feu est convivial, il se pose au milieu de la table et se partage sans autre formalité.
Les Bières de Belleville, 9, rue Jean-Baptiste-Dumay, Paris 20e. Ventes à emporter les jeudis, vendredis
et samedis, de 16 h 30 à 20 heures.
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