CRITIQUE- Francesca Comencini se remémore son enfance enchantée et son adolescence troublée au côté du cinéaste. Un hommage vibrant.
La chance qu’elle a eue ! Son père s’appelait Luigi Comencini. Francesca lui rend un hommage vibrant et chaleureux. Entre le père et la fille, la complicité saute aux yeux. Ils ont l’air d’être seuls au monde. L’enfance se décline dans ce vaste appartement aux rideaux tirés. La gamine observe son papa qui travaille dans son bureau rempli de livres. Il la protège. Elle l’admire. Elle l’envie peut-être. Réalisateur, quel métier de rêve.
Il l’emmène à l’école. Entre eux, les mots de passe sont innombrables. Sur le trottoir, ils marchent de concert en effectuant un petit saut tous les deux pas. Quand il se rase, il lui met de la mousse sur le nez. La gamine est ravie. Dans un illustré, la figure d’un requin gueule ouverte lui fait peur. Il en rit. Sa devise est simple comme bonjour (mais est-ce que bonjour est si simple ? demandait Truffaut) : « D’abord la vie, ensuite le cinéma. »
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Elle l’accompagne sur le tournage de Pinocchio. Il lui apprend à ne jamais lui mentir. La confiance est à ce prix. À 60 ans, Francesca Comencini n’en revient pas. Elle a donc vécu tout ça ? Elle a été, oui, cette adolescente à problèmes (pléonasme). La drogue entra dans la danse. Il y eut ce séjour à Paris, pour l’éloigner de ses démons. Ils allaient voir L’Enfance nue de Pialat au Studio des Ursulines. Il ne la lâchait pas d’une semelle, l’empêchait de sortir la nuit. Elle cessa de lui dire la vérité. Il en conçut une tristesse immense. Elle regrettait d’avoir grandi. Dehors, l’actualité s’agitait. Aldo Moro était enlevé par les Brigades rouges. L’héroïne décimait une certaine population.
Bonheur constant
Le metteur en scène se tenait à l’écart des années de plomb. Sous sa casquette, c’était un sage, ferme et délicat, mélange de gentillesse et de sévérité, d’une intelligence sans répit. Modeste artisan, il refuse de parler de lui dans ses fictions. Ça n’est pas le cas de Francesca, colocataire de ces souvenirs dont elle garde des images merveilleuses. On en tire un bonheur constant. On ne sait ce qui, là-dedans, participe de la légende ou de la réalité, de la mémoire ou de l’invention. Elle avait ce modèle, cet exemple. À son tour, elle est passée derrière la caméra. Son histoire était un scénario qui s’écrivait malgré elle.
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Il y a la fuite du temps, les remords, le paradis perdu. Il y avait la Septième Symphonie, Neil Young et Gilbert Bécaud. Il s’agit d’une déclaration d’amour, d’un journal intime. Caro papa. Il pleurait à la fin de Païsa de Rossellini, ne se lassait pas de revoir L’Atlantide de Pabst. À la fin, il avait la main qui tremblait. Il était pudique, secret, exempt de solennité, les pieds sur terre et la tête dans le celluloïd. On devrait toujours vieillir comme ça. Comment faisait-il ? La vie est là, le cinéma aussi. Francesca Comencini a déjà signé plusieurs longs-métrages. Prima la vita a la fraîcheur, l’urgence d’un premier film. Le mensonge n’y a pas droit de cité.
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