Philippe Drécourt: les chroniques d’un poète soldat

Date:

Dans Engagé !, le lieutenant-colonel parle de son métier et de la vie. Un beau recueil de poésie qui appelle à s’émerveiller des choses simples.

L’histoire littéraire est jalonnée d’exemples de militaires qui n’ont pas hésité à prendre la plume pour arme. A-t-on oublié que Churchill fut Prix Nobel de littérature en 1953? Sait-on que De Gaulle a figuré parmi les prétendants à cette consécration, avec les trois volumes de ses Mémoires de guerre ? Antoine de Saint-Exupéry, Romain Gary, Pierre Schoendoerffer, et tant d’autres écrivains ont porté l’uniforme des combattants.

Cela fait vingt années que le lieutenant-colonel Philippe Drécourt sert l’armée. Son parcours détonne. Il vient de publier Engagé ! Un état de vie, une vocation. Ce livre n’est pas un témoignage dans lequel il aurait pu évoquer son action en Roumaine en février 2022 au moment de l’attaque de l’Ukraine par la Russie. Non, c’est un beau recueil de poésie. Le Colonel Vincent Minguet, ancien chef de corps du 27e Bataillon de chasseurs alpins, ne cache pas son étonnement dans la préface qu’il consacre à Engagé ! Il dit : « Écrire de la poésie pour un soldat ! Quelle est donc cette facétie ? Préférer le chant du merle à celui du fusil, pour un homme en armes, est-ce sérieux ? » Puis le colonel exprime son admiration : « Philippe Drécourt, officier des troupes de montagne, écrit et récite de la poésie. Et de fort belle manière. » Il ajoute que depuis nombre d’années où il a cheminé sur le sentier des guerres, il s’est forgé la conviction que la poésie, dans certaines circonstances des combats, pouvait être plus utile que la science. « La raison ne peut pas tout et l’homme a besoin d’irrationnel. » Peut-on rendre plus bel hommage.

Paternité, amitié, amour

Le recueil de Philippe Drécourt se compose de deux parties, la première « Un seul chemin, celui de l’audace de servir ! » où il est question de courage, de fidélité, de frères d’armes, du drapeau, des tigres de Roumanie. « Mon frère d’armes s’appelle/ Léo ou Cédric, Louis ou Farid/ Paul ou Pascal, Hugo ou Baptiste/ Peu importe d’où il vient,/ Je l’accepte tel qu’il est/ Sans distinction ni jugement/ Car c’est un homme bon. / Il est mon ami, / Mon frère d’armes pour la vie. »

Quand Philippe Drécourt parle de courage ou du drapeau, il se met dans la peau du sentiment ou de l’étendard. Dans la seconde partie coiffée du joli titre « Une seule volonté, celle de s’émerveiller », le poète-soldat met en scène des choses simples, c’est-à-dire essentielles, ces choses qui composent la vie : le fait d’être père, « ma moitié » ou le silence, ou une maison de famille, ou le départ en mission au cœur de la nuit, « sitôt l’alerte déclenchée ». D’ailleurs, dans ce recueil illustré de photographies et de légendes inspirées par les plus grandes plumes, la seconde partie s’ouvre avec le cliché d’un père tenant son enfant, assis sur un rocher contemplant la mer. Avec ces mots empruntés à Socrate : « La sagesse commence par l’émerveillement. » Ce pourrait être la leçon de cette deuxième partie, qui fait l’éloge de la paternité, de l’amitié, et de l’amour. Et toujours en compagnie des grands noms de la littérature (« Je t’aime dans le temps. Je t’aimerai jusqu’au bout du temps », Jean d’Ormesson), le recueil, alors, devient une bibliothèque, une invitation à « aller plus loin » avec les livres les plus merveilleux.

En plus de la préface de Vincent Miguet, la postface du Général de brigade Lionel Catar et l’introduction du Cédric Germa soulignent la nécessite de se pencher et de savourer les mots de Philippe Drécourt. On croyait opposer armée et poésie, ces poèmes prouvent tout le contraire. Le colonel Minguet n’écrit-il pas « Ce recueil ainsi assemblé nous servira de viatique dans nos missions futures, pour ne jamais oublier que la beauté, qui ne sauvera sans doute jamais le monde, permettra au moins de le comprendre. » Et de lancer : « La poésie exprime la possibilité d’élever l’homme au-delà des réalités matérielles. »

Engagé !, de Philippe Drécourt (Editions Antique Artefact), 64 pages illustrées, 12 €. Pour chaque livre vendu, 1 € est reversé aux orphelins du ministère des Armées.

Source du contenu: www.lefigaro.fr

Share post:

Populaire

More like this
Related

Audiovisuel public : Le rapport Alloncle fait de grosses vagues

Publié ce matin sur le site de l’Assemblée nationale,...