Le scénario noir redouté par le football français semble devoir se produire. La Ligue de football professionnel (LFP) a assigné en référé DAZN, qui détient les droits télévisuels du championnat de France de première division, afin de s’assurer du paiement de l’échéance financière due en février par la plateforme britannique, qui menace de ne pas l’honorer, a appris Le Monde, mercredi 12 février, confirmant une information de l’Agence France-Presse.
DAZN doit verser, vendredi 14 février, la quatrième échéance prévue dans le contrat qu’elle a conclu, à l’été 2024, avec le football français. Pourtant, le diffuseur envisage de ne pas le faire, invoquant des conditions d’exploitation difficiles, liées selon lui au piratage et au manque de coopération de certains clubs pour mettre en valeur le « produit Ligue 1 ». Face à cette situation, la LFP a convoqué, mardi à 17 h 30, un conseil d’administration en urgence, pour évoquer la question des droits télévisuels. Dans son courriel envoyé aux présidents de clubs, le patron de l’instance, Vincent Labrune, évoque une « situation malheureusement urgente ».
Dans un communiqué, mercredi soir, la LFP a annoncé qu’elle « prenait acte du refus infondé de DAZN d’honorer ses engagements financiers ». Assurant « respecter, pour sa part, scrupuleusement l’ensemble de ses engagements contractuels », l’instance « mettra tout en œuvre pour faire valoir ses droits », en précisant avoir « saisi le juge des référés » pour obtenir le « paiement des sommes prévues ».
Pour le football français, le scénario catastrophe, jamais clairement évoqué publiquement, mais déjà anticipé par les instances, semble se confirmer. Et il pourrait, une nouvelle fois, plonger l’écosystème professionnel tricolore dans une grave crise financière. Après l’échec cuisant de la vente des droits de télévision pour la période 2024-2029, qui a tardivement débouché sur un contrat réparti entre la plateforme DAZN (400 millions d’euros annuels en moyenne) et BeIN Sports (100 millions d’euros) – loin du milliard d’euros par saison fixé par Vincent Labrune –, les difficultés de la plateforme britannique à attirer des abonnés suscitent de sérieuses craintes sur sa capacité à rester le diffuseur principal des matchs de Ligue 1.
Menacée par son diffuseur, la LFP se défend, en enjoignant la plateforme britannique à respecter son contrat. Toutefois, elle estime que la situation diffère de celle de 2020, lorsque Mediapro, qui détenait une majorité des droits de la Ligue 1 à l’époque, n’avait pu assurer ses paiements après s’être placé sous la protection du droit de la faillite. DAZN a placé sous séquestre les 35 millions d’euros restant à payer pour l’échéance de février. « La LFP entend défendre avec fermeté les intérêts des clubs professionnels français, tout en espérant une issue amiable à ce différend qu’elle espère temporaire », conclut la Ligue dans son communiqué.
Jusque-là, les instances du football professionnel français craignaient que l’accord avec DAZN ne s’achève en décembre 2025 – bien avant sa fin, en 2029. A cette échéance, le diffuseur britannique dispose d’une clause pour dénoncer son contrat s’il n’atteint pas 1,5 million d’abonnés – la LFP a également le droit de se désengager en pareil cas. A ce jour, environ 500 000 personnes ont souscrit à l’offre de DAZN.
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