Au Pakistan, quatre paramilitaires tués par des manifestants pro-Imran Khan

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Des affrontements opposent, mardi 26 novembre, les forces de sécurité pakistanaises à des milliers de partisans de l’ex-premier ministre Imran Khan, entrés, tôt le matin, dans Islamabad pour demander sa libération, ont constaté des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP).

Des manifestants d’un côté et des policiers et des paramilitaires de l’autre ont été vus s’échanger des tirs de grenades lacrymogènes. Les forces de sécurité, qui bloquent la totalité des quartiers d’Islamabad depuis dimanche, ont également tiré des balles en caoutchouc, et Internet est inaccessible dans plusieurs secteurs.

Selon le ministre de l’intérieur, Mohsin Naqvi, « quatre paramilitaires ont été tués » mardi après que les milliers de partisans ont bravé un important déploiement policier dans la capitale. Le premier ministre, Shebhaz Sharif, a lui déclaré qu’ils avaient « été écrasés par un véhicule lors d’une attaque » menée « par des manifestants ».

Les autorités rapportent qu’un policier a été tué et que neuf autres se trouvent dans un état critique, sans donner plus de détails sur les circonstances. Depuis dimanche, « plus de 20 000 membres des forces de sécurité ont été déployés dans et autour d’Islamabad », avait annoncé à l’Agence France-Presse (AFP) Mohammed Taqi, porte-parole de la police de la capitale.

Les manifestants ne sont plus désormais qu’à quelques kilomètres de D-Chowk, cœur politique du cinquième pays le plus peuplé au monde, où le premier ministre accueille au même moment, en grande pompe, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko. Les manifestants entendent faire pression sur les autorités qui siègent dans le quartier adjacent de la place, afin d’obtenir la libération de leur champion, actuellement emprisonné et poursuivi dans une centaine d’affaires. Mohsin Naqvi, lui, a été clair en visitant à plusieurs reprises dans la nuit D-Chowk : « Ceux qui viendront ici seront arrêtés », a-t-il prévenu lundi.

Face aux risques de violences, la diplomatie américaine a « exhorté », lundi soir de Washington, « les manifestants à manifester pacifiquement », et « dans le même temps » a « demandé aux autorités pakistanaises de respecter les droits humains et les libertés fondamentales ».

Si toute la nuit les médias locaux ont évoqué des tentatives de négociations entre le pouvoir et le Pakistan Tehrik-e-Insaf de M. Khan (PTI, Mouvement du Pakistan pour la justice), rares sont ceux qui imaginent une désescalade dans le calme.

Ecoles fermées, Internet coupé

L’appel à manifester avait été lancé pour dimanche. Les manifestants sont partis des provinces limitrophes de la capitale, le Pendjab, dans l’Est, et le Khyber Pakhtunkhwa, fief du PTI, le parti d’opposition de M. Khan, dans l’Ouest. Ils ont mis plus de quarante-huit heures à arriver à Islamabad, capitale administrative du cinquième pays le plus peuplé au monde, où se trouvent toutes les institutions politiques et la prison où est incarcéré M. Khan, 72 ans.

En réponse à ce que le PTI présente comme « son dernier acte », les autorités ont sorti les grands moyens. Dès le début de la semaine, Islamabad avait déclenché l’« article 144 », qui interdit tout rassemblement de plus de quatre personnes, pour deux mois. Le Pendjab, où vivent plus de la moitié des Pakistanais, lui a emboîté le pas samedi, avec une décision similaire, mais limitée à trois jours.

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« Vu l’ampleur des préparatifs, on se demande si la police d’Islamabad se prépare à une guerre », s’interrogeait dès mercredi, dans son éditorial, Dawn, le quotidien de référence en anglais. Partout dans la capitale, depuis des jours, des centaines de conteneurs ont été déposés par des grues en travers des routes. « Islamabad va une fois de plus se transformer en “Conteneuristan”, comme l’appellent les habitants. Est-ce vraiment nécessaire, la question se pose », poursuit Dawn.

Les écoles d’Islamabad, qui n’ont pas rouvert lundi matin, resteront fermées mardi, ont annoncé les autorités, alors que le ministère de l’intérieur a prévenu que « le réseau Internet mobile et le Wi-Fi seront coupés dans des zones où il y a des dangers sécuritaires ».

Une détention « arbitraire », selon l’ONU

La Commission pakistanaise des droits humains (HRCP), principale organisation non gouvernementale de défense des libertés du pays, estime que « bloquer les accès à la capitale, en fermant les principaux axes routiers du Pendjab et du Khyber Pakhtunkhwa, pénalise les citoyens ordinaires, et en particulier les travailleurs journaliers dont le revenu dépend de la liberté de mouvement ».

Le chef du gouvernement du Khyber Pakhtunkhwa, Ali Amin Gandapur, avait appelé depuis dimanche ses partisans à « aller à Islamabad et y rester jusqu’à ce qu’Imran Khan, nos leaders et nos membres soient libérés de prison ». S’adressant aux autorités, il avait ajouté : « Vous pouvez nous tirer dessus, nous bombarder et bloquer les routes avec vos conteneurs. Si ça dégénère, vous serez responsables. »

M. Khan, au pouvoir de 2018 à 2022, est poursuivi devant différents tribunaux principalement pour des affaires de corruption ou de manifestations violentes de ses partisans. En juillet, un panel d’experts des Nations unies (ONU) avait qualifié sa détention d’« arbitraire », appelant à sa libération « immédiate ». Ses partisans s’étaient massivement mobilisés lors de son arrestation, il y a plus d’un an, et continuent de manifester régulièrement.

Récemment, dix députés de son parti ont été arrêtés et présentés à un juge antiterroriste quelques jours après l’adoption d’une loi encadrant les manifestations à Islamabad.

Le Monde avec AFP

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Source du contenu: www.lemonde.fr

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