Mode : la transparence, toujours en vue

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« Les transparences, je les connais depuis longtemps. L’important, avec elles, c’est de garder le mystère… », disait Yves Saint Laurent. Le couturier français était passé maître en la matière. Dès les années 1960, organza, mousseline, dentelle ou tulle découvrent ses mannequins, qui enfilent tour à tour blouse légère ou robe translucide. « Je pense avoir fait le maximum pour l’émancipation des femmes. J’ai créé des vêtements qui entrent tout à fait à leur aise dans le XXIe siècle », avait-il aussi ajouté.

Car c’est bien en écho à la libération des femmes – sexuelle, vestimentaire, sociale – que le créateur embrasse la transparence et ses effets. Des décennies plus tard, Anthony Vaccarello, actuel directeur artistique de Saint Laurent, reprendra à son compte cette philosophie lors de la collection automne-hiver 2024-2025 entièrement composée de collants qui voilent et dévoilent à l’envi les corps des tops.

Bien d’autres couturiers ont joué le jeu de la transparence. Avant d’ailleurs que le terme même de couturier n’existe, puisque, dès la fin du XVIIIe siècle, le style « à la grecque » (dit aussi « à la sauvage ») séduit les Européennes adeptes d’une semi-nudité très évocatrice. Une allure inspirée des vêtements des femmes grecques de l’Antiquité et qui « ne laissait pas le spectateur deviner, mais percevoir chaque charme secret », selon l’auteur des Lumières Louis-Sébastien Mercier (1740-1814).

Quasi-nudité

Dans The Unfashionable Human Body (1974, non traduit), l’écrivain, architecte et historien social austro-américain Bernard Rudofsky dit d’ailleurs de la robe transparente qu’elle est « parmi les rares vêtements de corps qui répondent aux exigences esthétiques des critiques les plus exigeants. Dans sa version unie, non compromise par des pièces opaques stratégiquement placées, elle détient peut-être la réponse à la quête de la robe parfaite ». Ce qui expliquerait pourquoi, de Cher au gala du Metropolitan Museum de New York en 1974 à Rihanna lors des CFDA Awards2015 (les Oscars de la mode), la naked dress, cette robe si transparente qu’elle ne cache plus rien, soit le terrain de jeu de celles qui veulent être vues.

A la question « A quoi ressemblera Eve en l’an 2000 ? », posée à une poignée d’artistes dans le Vogue du 1er février 1939, le designer industriel Walter Dorwin Teague avait avancé que la mode du futur serait à la quasi-nudité. « Avec de meilleurs corps, les vêtements seront réduits au minimum », prédisait-il ainsi doctement. Moins d’un siècle après ces déclarations, la transparence reste plus que jamais d’actualité : des blouses romantiques de Chloé aux robes vaporeuses de Dior en passant par les dernières collections d’Alaïa, Valentino ou Carven, elle (dés) habille toujours avec chic les filles d’aujourd’hui.

Lire aussi : Article réservé à nos abonnés Mode : la transparence mène la danse

Robe longue smockée en crêpe de soie, prix sur demande, et boucle d’oreille Saint Laurent par Anthony Vaccarello. ysl.com
Top en dentelle de coton et polyamide, 2 490 €, bermuda et collier Chloé. chloe.com
Robe en dentelle drapée, prix sur demande, et bottines Louis Vuitton. louisvuitton.com
Pull ras du cou en jersey avec broderie florale en cristal, Giorgio Armani, 4 900 €. giorgioarmani.com
Top en polyamide, The Kooples, 195 €. thekooples.com

Source du contenu: www.lemonde.fr

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