La venue imminente de Delcy Rodriguez en Inde illustre les bouleversements énergétiques provoqués par la crise au Proche-Orient. Fragilisée par les perturbations dans le détroit d’Ormuz, New Delhi cherche à sécuriser ses approvisionnements en pétrole en diversifiant ses partenaires. Et dans cette nouvelle stratégie, le Venezuela prend une place grandissante.
La présidente vénézuélienne par intérim, Delcy Rodriguez, est attendue en Inde dans la semaine. Une visite loin d’être uniquement diplomatique. Derrière ce déplacement se jouent des enjeux économiques et énergétiques majeurs pour New Delhi. Car depuis les perturbations dans le détroit d’Ormuz, l’Inde repense en profondeur son approvisionnement en pétrole. Et pour comprendre cette inquiétude, il faut rappeler un chiffre : l’Inde importe environ 85% du pétrole qu’elle consomme. Autrement dit, son économie dépend massivement de l’extérieur pour fonctionner.
Historiquement, près de la moitié de ce pétrole provient du Golfe, qu’il s’agisse de l’Arabie saoudite, de l’Irak, des Émirats arabes unis ou encore du Koweït. Or, ces flux transitent en grande partie par le détroit d’Ormuz, véritable point névralgique du commerce pétrolier mondial. Mais avec les tensions actuelles au Moyen-Orient, cette route maritime est devenue beaucoup plus incertaine. Les perturbations logistiques compliquent l’approvisionnement indien et font peser un risque direct sur l’activité économique du pays. Pour New Delhi, la question est désormais stratégique. Il ne s’agit plus seulement de trouver du pétrole moins cher, mais surtout d’être certain qu’il arrivera.
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Pourquoi le Venezuela devient un partenaire clé pour New Delhi
Face à cette situation, la stratégie de l’Inde est claire : diversifier au maximum ses fournisseurs. Acheter à plusieurs pays afin de réduire sa dépendance à une seule région du monde. Cette logique n’est pas nouvelle. Après l’invasion de l’Ukraine, New Delhi avait déjà massivement augmenté ses achats de pétrole russe, alors même que l’Europe réduisait fortement ses importations depuis Moscou. Le pétrole russe, vendu à prix réduit, permettait alors à l’Inde de limiter sa facture énergétique tout en soutenant sa croissance. Mais aujourd’hui, cette stratégie montre ses limites. Le pétrole russe reste essentiel, mais il ne suffit plus à lui seul. L’Inde cherche désormais un second pilier énergétique. Et c’est là que le Venezuela entre en jeu.
En mai, Caracas est ainsi devenu le troisième fournisseur de pétrole brut de l’Inde, derrière la Russie et les Émirats arabes unis. Une progression spectaculaire pour un pays longtemps marginalisé par les sanctions américaines. L’atout principal du Venezuela réside dans le prix compétitif de son pétrole. Son brut est lourd et plus soufré, donc moins valorisé sur le marché international. Mais cela représente justement une opportunité pour l’Inde. Certaines raffineries indiennes, notamment celles de Reliance Industries, sont capables de traiter efficacement ce type d’hydrocarbure. Le pétrole vénézuélien correspond donc parfaitement aux besoins industriels du pays.
Les États-Unis suivent de très près le rapprochement entre l’Inde et le Venezuela
Pour Caracas, l’objectif est désormais simple : vendre davantage de pétrole à l’Inde, dont les besoins énergétiques continuent d’exploser. La population augmente, la classe moyenne consomme davantage et l’industrialisation s’accélère. Le partenariat apparaît donc pragmatique et potentiellement gagnant-gagnant pour les deux pays. Mais cela ne signifie pas pour autant que l’Inde tourne le dos au Golfe ou à la Russie. New Delhi cherche surtout à réduire ses risques en multipliant les fournisseurs et les routes d’approvisionnement.
Autre élément important : c’est le secrétaire d’État américain qui a lui-même révélé la prochaine visite de Delcy Rodriguez en Inde. Un signal qui montre à quel point Washington suit ce dossier de près. Car les États-Unis cherchent eux aussi à redessiner les flux énergétiques mondiaux. Leur stratégie consiste à réduire la dépendance de leurs partenaires au pétrole russe et iranien, tout en favorisant davantage de pétrole américain mais aussi vénézuélien. Dans ce contexte, si l’Inde augmente ses achats de brut vénézuélien, cela pourrait aussi être perçu comme une victoire stratégique pour Washington.
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